La Diplomatie Sud-Sud du président KABORE

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Elu au suffrage universel en 2015, le président Kaboré a élaboré une gouvernance qui met l’accent sur le développement ainsi qu’une politique de redistribution qui met l’accent sur les luttes contre les inégalités.
Dans cette logique de quête des investisseurs pour le développement du pays à travers son offre de politique publique qu’est le programme nationale pour le développement économique et social (PNDES), la politique étrangère aura été grandement mise en contribution avec un objectif variable : En direction des pays du nord, la stratégie était de consolider des coopérations fortes avec les partenaires classiques, et d’entreprendre de nouvelles relations avec tout pays susceptible de constituer un investisseur pour le développement au Burkina Faso. La relation avec les pays du sud quant à elle, peut être subdivisée en deux axes.

D’un côté les pays voisins avec lesquels le président a entrepris une diplomatie de restauration de la confiance, et d’autre part, les autres pays du sud notamment le Maghreb vastement visé dans une diplomatie d’ouverture, et les pays émergents avec lesquels la diplomatie burkinabè a manifesté sa volonté de consolider les relations.

Une diplomatie du gain mutuel avec les pays voisins.
La république de Côte d’Ivoire trône en tête des pays avec lesquels le Burkina Faso entretient des relations très privilégiées. Ce pays reste à ce jour, celui qui accueille le plus de ressortissants burkinabè avec plus de 3.500.000 qui y vivent et y investissent.
La Côte D’Ivoire représente donc un véritable enjeu d’un point vue économique que social que politique.

Le lien très fort qui existe entre ivoiriens et burkinabè est depuis 2008 matérialisé par le Traité d’amitié et de coopération (TAC) entre ces deux pays. Il vise à renforcer et à normer une coopération multisectorielle (économie, social, énergie, routes, échanges commerciaux, formation professionnelle…) entre les acteurs légitimes des deux pays.

Des marchandises transitent par la Côte d’Ivoire. Les nombreux travailleurs burkinabè rapatrient aussi beaucoup d’argent à destination de leurs familles restées au Burkina. Depuis 2009, la Côte d’Ivoire fournit de l’électricité au Burkina Faso et cette coopération énergétique s’avère d’une grande utilité car représente environ 48% de l’offre énergétique totale actuelle du Burkina et on imagine que cette coopération énergétique tient particulièrement à cœur le président KABORE.

Sans cette fourniture en « jus », les conséquences socio-économiques seraient naturellement désastreuses au Burkina Faso.
La logique de la diplomatie de la restauration de la confiance entreprise par le président KABORE a aussi été activée en direction du Ghana. Les ports du Ghana sont prisés par les opérateurs économiques burkinabè dans leurs échanges commerciaux avec le reste du monde, cela notamment lié à la qualité des installations de ces ports, ce qui facilite le traitement qualitatif du fret.

Pour pallier au déficit énergétique du Burkina, un projet d’interconnexion est en exécution entre ces deux pays et devrait permettra à terme au Ghana de vendre de l’électricité au Burkina Faso ce qui augmentera l’offre énergétique du Burkina. Cette initiative a vu l’investissement personnel du Président KABORE.

L’autre projet d’envergure commun à ces deux pays constitue le domaine ferroviaire. En effet, ce projet a pour objectif de relier les deux capitales et ainsi favoriser la densification les échanges commerciaux entre Accra et Ouagadougou. Les études de faisabilité achevées ont fait place à l’étape de la recherche de financements toujours en cours. La Chine continentale s’est montrée ouvertement intéressée par ce projet et se dit prête pour le financer.

Le groupe Bolloré, s’est aussi manifesté en tant qu’investisseur. A la redynamisation de la coopération avec ces deux pays s’ajoutent celles initiées avec le Togo et le Bénin pour les raisons essentiellement économiques (la quasi-totalité du carburant burkinabè transite par ces deux pays).

Enfin, le partenariat avec le Mali et le Niger ne sont pas en reste. En effet, pour faire face à la guerre contre le terrorisme, le Burkina Faso avec quatre autre pays (Mali, Niger, Mauritanie et Tchad) ont décidé de mutualiser leurs efforts à travers la mise en place du G5- Sahel qui se veut être une coopération militaire et sécuritaire entre ces cinq pays de la bande sahélienne.
En définitive, on peut affirmer que la gouvernance du président KABORE se traduit dans le champ des relations avec les pays voisins par le déploiement d’une offensive diplomatique qui instaure un climat de confiance mutuelle, gage de l’édification de solides partenariats. Ces pays voisins ne sont toutefois pas les seuls visés au sud par l’administration diplomatique burkinabè.

Une diplomatie d’ouverture en direction du Maghreb.
Dans cette partie du monde, le Burkina-Faso a bénéficié d’une condition favorable qui est l’offensive de la plupart des pays de la zone sur l’Afrique subsaharienne .
Ainsi, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie initient de plus en plus des partenariats avec les blocs économiques et politiques de l’Afrique occidentale et centrale.

Profitant de cette brèche, la diplomatie burkinabè a su tisser de solides relations commerciales dans la zone. Plusieurs fois invité au Maroc à des rencontres économiques, le Président du Faso a toujours saisi l’occasion pour entreprendre des partenariats avec le royaume chérifien. A la faveur de sa rencontre en novembre 2016 avec le Roi Mohammed VI, il a formulé le souhait, entendu, d’un accompagnement substantiel pour le développement de son pays qui passe par exemple, par la réalisation d’infrastructures sociales et économiques, la formation et l’éducation pour lesquelles le nombre de bourses d’études marocaines au profit du Burkina Faso croit chaque année. La Tunisie veut se positionner aussi comme un partenaire de choix pour le Burkina Faso.

Ainsi, sous la conduite du premier ministre, des opérateurs économiques tunisiens ont séjourné au Burkina Faso afin de tisser des relations d’affaires avec leurs homologues burkinabè.
A cette visite, le premier ministre Burkinabè Paul Kaba THIEBA a répondu par un séjour en Tunisie en Octobre 2017, à l’occasion de la rencontre internationale d’hommes d’affaires. Cela a aussi été l’occasion de discuter des relations bilatérales entre ces deux pays pour lesquels la suppression de visa est effective.

La logique de l’ouverture dans cette zone s’est également manifestée en direction de l’Egypte. Puissance militaire continentale, ce pays entretient avec le Burkina Faso, une relation minimaliste dans le champ militaire. Dans cette logique, la dernière visite du président KABORE en Egypte en juin 2017 illustre sa volonté d’étendre cette coopération.
Ainsi, il y a établi les bases d’une relation qui sera essentiellement orientée vers les volets militaire, sécuritaire, sanitaire et pharmaceutiques. Bien plus visible pour le cas de ces pays cités, la stratégie de l’ouverture ne s’est pas limitée exclusivement aux pays africains du Maghreb.

En effet, elle s’est aussi destinée à des partenaires historiques comme le Qatar, le Soudan, la Palestine, les Emirats Arabes unis ainsi que l’Arabie Saoudite. Dans ces pays auxquels le premier responsable de la diplomatie burkinabè a séjourné, l’accent a toujours été mis sur la disponibilité du pays à consolider des relations souvent déjà mises en place mais stagnantes parfois.

Consolider des relations avec les pays émergents.
C’est le dernier axe de la stratégie diplomatique du président KABORE en direction des pays du sud. En effet, pays aux économies solides calqués sur le modèle de développement du nord mais avec des disparités dans les inégalités, les pays émergents constituent toutefois une entité diplomatiquement structurée autour de leurs principaux représentants que sont les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) dont la puissance économique leurs permettent de contester l’ordre économique mondial.

Ils représentent donc une alternative à la difficile et conflictuelle relation avec certains partenaires du nord. Entreprendre des relations commerciales avec les pays émergents constitue dans cette logique, une porte de secours à la nécessaire recherche des ressources pour enclencher le développement dans les pays les moins avancés. Membre de cette catégorie, le Burkina Faso, n’est pas resté en marge de cette nouvelle dynamique. Ainsi, l’action diplomatique du président KABORE en direction des pays émergents a consisté à renforcer les différents partenariats souvent formels, qui lient le pays à la plupart des BRICS.

Avec la Russie, les relations étaient axées sur le champ militaire, tandis qu’avec l’Inde, la logique économique est ce qui a prévalu. La relation avec l’Afrique du sud quant à elle s’est intensifiée dans le cadre de la lutte pour l’intégration africaine et l’émergence diplomatique du continent dans le champ multilatéral. Là, le Burkina Faso a montré sa disponibilité à être un porte-voix actif aux cotés de l’Afrique du Sud en faveur de l’Afrique.

L’action étrangère d’un Etat dépend non seulement de sa prétention de posture à l’international, mais aussi de ses ambitions à l’interne. Ainsi, l’Afrique du Sud post apartheid a développé une diplomatie de puissance vis-à-vis des pays africains. Le Rwanda post conflit a également développé une diplomatie scientifique avec le reste du continent mais aussi en direction des BRICS et du nord, qui profite à la finalité du développement du pays.

La Côte d’Ivoire du président Alassane OUATTARA quant à elle s’investit dans une diplomatie économique avec l’idée de faire du pays un pôle économique de la zone UEMOA. Le cas de la politique étrangère du Burkina Faso du président KABORE obéît à cette logique. En effet, sous sa gouvernance, le pays a adopté une stratégie diplomatique qui diffère selon l’histoire des relations du pays à l’international, mais aussi en fonction des exigences de la mondialisation. Ainsi, la stratégie adoptée au sud s’inscrit dans le discours de l’ouverture mais aussi dans l’objectif du développement du pays.

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Publié dans Actualité africaine