La diplomatie coercitive selon l’Union Africaine

UA

Après la démission de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014, l’armée burkinabè s’empare du pouvoir. Dénonçant une énième confiscation du pouvoir en Afrique par l’armée, l’Union Africaine, avait ordonné à l’armée burkinabè de confier dans un délai de quinze jours, la gestion du pouvoir à un gouvernement civil, brandissant l’outil de la coercition. En réponse à cette injonction de l’Union Africaine, le lieutenant-colonel Isaac Zida, nouveau président burkinabè, déclara que ce délai n’était pas la préoccupation du peuple burkinabè : « L’UA peut dire « dans trois jours », ça n’engage que l’Union africaine. L’important, c’est de parvenir à un consensus pour aller au bout d’une année sans problème et faire des élections dont les résultats seront acceptés par tous ». Ainsi que l’illustre le cas burkinabè, les actions de défiance vis-à-vis de l’autorité de l’organisation sont fréquentes sur la scène diplomatique africaine. Les cas du Rwanda, de la République Démocratique du Congo, du Congo et du Burundi confirment cette tendance.Malgré les menaces de l’usage des sanctions, brandies par l’organisation, les gouvernants se sont illustrés par des modifications constitutionnelles dans l’objectif de briguer de nouveaux mandats.
Le cas du dossier burundais
De ces entorses à la constitution citées, le cas du Burundi permet de mettre en évidence le déficit d’autorité de l’organisation. En effet, alors que l’entreprise des gouvernants a fait basculer le pays dans la violence, l’Union Africaine manifesta, malgré tout, sa volonté de s’impliquer dans la résolution du conflit par l’envoi de troupes d’interposition. Cette offre sera rejetée par le pouvoir burundais qui menaça de faire usage de la violence en cas de présence d’une troupe étrangère sur le territoire burundais. Abdication ou volonté stratégique de participer au retour de la stabilité dans ce pays ? L’Union Africaine changera sa stratégie. Elle basculera ainsi dans le champ de la négociation, en initiant une médiation auprès des acteurs politiques burundais. Cette action se solda elle aussi, par un échec. En effet, constatant l’imminence du risque d’une guerre dans ce pays, malgré les multiples initiatives entreprises par l’Union Africaine, le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies s’empare du dossier en sa séance du 09 novembre 2015. Le 22 janvier 2016, l’ONU envoie une mission de négociateurs et envisage à l’heure actuelle, l’envoi de troupes.
Stratégie de la coercition : l’exemple de la CEDEAO
L’implication directe de l’ONU dans le dossier burundais symbolise l’inefficacité de la pratique d’une diplomatie coercitive de l’Union Africaine. Introduite dans les initiatives multilatérales après la Seconde Guerre mondiale, la diplomatie coercitive a une vocation dissuasive. Elle consiste en l’usage de manière progressive, de sanctions contre des acteurs (étatiques ou pas) qui s’illustrent contre la sécurité internationale. Pour le cas des Etats, la diplomatie coercitive peut être activée contre le pays. Toutefois, jugée inefficace depuis l’exemple des sanctions prises contre l’Irak, cette forme de sanction est progressivement remplacée par les sanctions ciblées dites sanctions intelligentes, qui visent directement les élites des pays qui, par leurs responsabilités dans leurs pays, menacent la sécurité de leurs concitoyens.
Sur le continent africain, la crise ivoirienne aura été un champ d’application des sanctions intelligentes. En effet, après les élections présidentielles dont les résultats furent rejetés par le camp présidentiel, la CEDEAO décide après injonctions, de l’application de sanctions contre un régime devenu illégitime. Par souci d’efficacité, ces sanctions s’appliquèrent contre le régime (gel des avoirs du pays à la BECEAO), et ses membres à titre individuel (gel des avoirs, interdiction de voyage…). D’une manière générale, cette diplomatie coercitive de la CEDEAO aura l’effet escompté. Ces sanctions ayant contribué à la chute d’un régime ne disposant plus de ressources pour ses fins.
Pour le cas de l’Union Africaine, dans le cas des crises cités plus haut, la diplomatie coercitive s’est limitée à des sanctions minimalistes (suspension de l’organisation) dont les effets sur la gestion quotidienne du pouvoir est quasi inexistante dans les pays concernés. Déficit d’autorité de la part de l’organisation ? Incapacité pratique d’appliquer des sanctions intelligentes ? Cette attitude attentiste de l’organisation dans les cas de gestion de crise concoure à justifier le comportement défiant et indifférent dont font preuve les pays ayant reçu les injonctions de l’organisation. Le cas burundais, dont les dirigeants sont déjà victimes des sanctions intelligentes de la part de l’Union Européenne , en constitue la dernière illustration. Dans un souci de renforcement de son autorité et de sa légitimité, l’Union Africaine doit suivre l’exemple de la CEDEAO et entreprendre de manière complète, les étapes de la diplomatie coercitive (notamment les sanctions ciblées) dans sa stratégie de gestion des crises sur le continent.

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Publié dans Actualité africaine