La CPI et les présidents africains

cpi-afrique
Les relations conflictuelles entre certains présidents africains et la cour pénale internationale aura été l’un des faits marquants de l’actualité diplomatique africaine en 2016. Lors du 26e sommet de l’Union Africaine tenu à Addis-Abeba du 30 au 31 janvier 2016, les présidents africains élaborent sur proposition de leur homologue kenyan, Uhuru Kenyatta, une feuille de route pour le retrait des pays africains de l’institution internationale accusée d’exercer une justice du « deux poids deux mesures et de néocolonialisme », et Fatou Bensouda de n’être qu’une marionnette instrumentalisée. Depuis ce sommet, la question du retrait des pays africains de la cour pénale internationale a été au cœur des débats politiques au cours de l’année. Alors que certains pays se retirent purement de l’organisation brandissant l’argument que seuls des accusés africains sont dans le collimateur de l’organisation (Burundi, Afrique du Sud, Gambie, pays auxquels s’ajoute le Soudan depuis 2009), d’autres se sont prononcés clairement contre le retrait (Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigeria), mais de plus en plus se déclarent favorables à la justice nationale dans les cas de crimes graves, question de souveraineté (Côte d’Ivoire, Mali, Guinée). Depuis l’entrée en vigueur du statut de Rome en 2002 sur la cour pénale internationale, la gestion du dossier de la guerre Russie-Géorgie en 2008 aura été la seule exception de la CPI, le reste étant tous des cas africains. Toutefois, cela suffit-il pour accuser l’institution de partialité ?
Plusieurs raisons tendent à déconstruire la posture du retrait de la cour pénale internationale :
– De la partialité de la CPI.
Cet argument aura été le principal outil des présidents kenyan, gambien et sud-africain. En effet, selon les arguments de ces derniers, en dépit de violations flagrantes des droits humains et crimes commises par des ressortissants de certaines grandes puissances mondiales (Guantanamo, Irak, Syrie, Lybie…), l’institution s’est toujours manifestée par son mutisme. En réalité, la plupart des grandes puissances (USA, Chine) n’étant pas signataires du statut de Rome, la cour s’avère donc incompétente dans ces dossiers de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides dont sont accusés les ressortissants de ces pays Ne restent donc que les accusés issus de pays du continent africain toujours en proie aux conflits. Les pays africains doivent de ce fait, axer leur argumentation sur leur volonté de voir ces pays adhérer au statut de Rome pour plus d’équité en matière de justice internationale.
– De la volonté d’une justice interne opérationnelle.
Cette question qui relève d’un discours sur la souveraineté des Etats pose dans la réalité, la question de la capacité des pays africains à dresser des appareils juridiques indépendants et efficace. Ainsi, dans la plupart des pays africains, la justice peine à affirmer son indépendance (Burkina Faso, Benin, Côte d’Ivoire, Zimbabwe…). De même, l’affaire Habré a ainsi montré les limites d’une justice régionale sans ressources financières, obligée d’avoir recours à des commissions ad-hoc.
En réalité, la violente campagne entreprise contre l’institution est l’illustration d’une stratégie de présidents africains sur lesquels planent des présomptions de culpabilité sur des crimes (Burundi, Gambie, Soudan, Zimbabwe, Afrique du Sud…), avec le soutien de leurs alliés, que la légitimité que leurs confèrent leurs fonctions les autorisent à s’exprimer au nom de leurs pays respectifs. Toutefois, peut-on affirmer que cette position est partagée par les populations concernées ? Peut-on qualifier la CPI d’anti africaine quand le président Kenyatta, d’abord poursuivi par l’institution fut blanchi des accusations brandies à son encontre par cette dernière ? Enfin, un président ayant gouverné dans le strict respect des droits humains doit-il craindre l’existence d’une cour pénale internationale ?

facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Actualité africaine